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 Méandres d'un sanglant souvenir [pv Enaan]

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Arianne Delvanté
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MessageSujet: Méandres d'un sanglant souvenir [pv Enaan]   Lun 20 Oct - 0:24









♦ La mémoire est un fardeau ♦



Du haut de son balcon, assise sur une chaise finement ouvragé, elle balaye son royaume du regard. Cette ville immaculée qui s’étend sous ses yeux est à elle. Pourtant, en ce jour, elle ne possède rien. De toute façon, cela fait des années qu’elle n’a plus rien possédé…  Que pouvait-elle avoir au fond. Aujourd’hui encore, elle n’était que le reflet pâle du vivant. Une copie illusoire habité de plaisirs sans substance. Toujours prisonnière, toujours morte au fond. La dame a beau être partie, rien n’avait changé. Oh, sa condition s’est nettement améliorée. Elle ne le nie pas. Plus obligée de se cacher, pouvant prendre ce qu’elle désire, quand elle en a envie. Mais elle n’en a même pas, d’envie. Au fond, tout demeurait. Même sa cage de verre était inchangée. Toujours figée dans les mêmes appartements. S’étaient ceux de l’ambassadrice après tout… Et elle était l’ambassadrice à présent. Condamné à joué le rôle de sa geôlière, condamnée à errer dans ces pièces où la torture avait vue le jour. Condamnée à déambuler entre les souvenirs. Elle ne peut oublier. Tout est là, rien n’avait changé….

La pluie martèle les vitres du salon, donnant sur ce même balcon. Sur ces parois ruisselantes, on distingue un reflet. Sombre, car il est tard, on ne distingue que les contours de ses lèvres écarlates finement dessiné. Quelles sont froides, ces lèvres. Ne souriant pas, ne montrant rien. Un silence pesant y est accroché. Aussi blanche que la cité, la peau qui l’entoure évoque le marbre glacé. Son cou est aussi pâle, ses épaules aussi. Mais on ne peut se permettre d’inspecter plus la blancheur de l’épiderme, car une robe sombre comme la nuit finit par l’engloutir. Si ténébreuse qu’on n’en distingue ni les plis, ni les contours. Des cheveux tous aussi ombrageux s’en détachent avec difficulté, perceptible que par leurs quelques reflets. Et tombant, encore et encore, si long, si lisses….
Si implacables…


-J’espère que tu m’as bien comprise.

Sans rien trahir, la jeune fille acquiesce. A quelques mètres de la dame en noire, les yeux verrouillés sur le sol tant elle n’ose effleurer le dos de la dame du regard, elle reste bien droite. Ses cheveux sont mi-longs, leur vie s’achevant au niveau de ses épaules. Mais ils sont tout aussi lisses, réguliers, que la dame se tenant devant elle. Contrairement à l’illustre présence, elle ne porte ni robe, ni bijoux dorés. A la place, de grossiers vêtements cachent son corps à la vue. Le tissus dissimule son cou, le cuir sombre, vieilli, ni brun, ni noir, couvre ses bras, surplombent ses gants. Des lacets en retiennent les diverses parties, au niveau de sa poitrine alors presque inexistante. Ils maintiennent les tissus au niveau de ses cuisses, vers l’extérieur. Rapiécé, comme un blessé, comme un guerrier ayant vaincu maintes fois la mort, il donne à l’adolescente un aspect aussi pittoresque que celui de la sombre femme semble grandiose. De nouveau, les lèvres écarlates s’animent, dans un miroir fantomatique que la jeune fille ne prend même pas la peine de regarder.

-Et n’oublie pas, je veux qu’il souffre.

De nouveau, elle acquiesce. D’une voix nette, sans bavure. Docile et pourtant sûre. C’est peut être la mission la plus importante qui lui ai été confiée… La plus compliquée depuis celle où elle avait du tuer son propre maître. Mais elle n’a pas peur… Ce n’est pas la mission qui l’effraie…
La dame se retourne vers elle. Son visage est lisse, impassible. On en oubliera presque les quelques rides qui fendent impitoyablement le coin de ses yeux.  Ses yeux d’un vert éclatant cherchent les prunelles de l’adolescente. Cette dernière voie cela comme un ordre. Elle relève la tête et soutient son regard. Ce n’est rien, il parait, de soutenir un regard. Mais celui là est pénétrant, dérangeant, gênant. On pense, face à de tels Iris, que nos pensées sont mises à nue, que rien de ce qui se déroule dans notre esprit n’est secret. Et face à cette impression malsaine de n’être qu’un livre ouvert, et que la simple pensée pervertie nous donnerait la mort, la jeune fille ne bronche pas. Pourtant, dans son cœur se livre un combat. Soudain, lentement, les lèvres de sang de la dame s’étirent en un sourire froid. Par un effort surhumain, la jeune fille réprime un frisson glacé au niveau de sa nuque.

-Ne me déçois pas, Arianne.








Les gouttes tombent interminablement sur son manteau de fortune. Un rayon lumineux déchire le ciel, suivit d’un craquement assourdissant. D’un geste sec, elle rejette les deux mèches imbibées d’eau qui lui barraient la vue. Accroupie sur sa branche, appuyée fermement sur son perchoir d’une main, elle saisit de l’autre le tissus noir au niveau de son cou, puis le remonte jusqu’à l’arrête de son nez. Serré, il épouse parfaitement le bas de son visage, dissimulant menton, lèvres et nez. L’heure approche, il ne faut pas tarder.

Le plan est simple.  La cible concerte les guerriers du village, comme à son habitude.
Sa famille est dans la maison. Une femme, une fille, deux garçons. Son objectif : les éliminer.  
Avec la douceur d’un chat, elle se glisse sur une seconde branche. Ses yeux argenté ne perdent pas de vue la petite hutte, se confondant aisément avec les autres.  Doucement, elle se laisse glisser de son observatoire, s’accrochant de ses bras et posant délicatement ses pieds  sur le toit de la chaume. Tranquillement, sans aucun bruit, elle s’approche du rebord. Ils n’ont qu’une fenêtre. Avec prudence, mesurant chacun de ses gestes, elle s’y glisse. Il faut commencer par éliminer la plus dangereuse : La mère. Tirant doucement sa dague, elle s’approche… Lentement… Doucement…

Comme qui dirait… à pas de loup.

Assez proche, la jeune fille pose une main sur la bouche de la mère, tandis qu’elle plante impitoyablement un couteau dans la gorge. Le métal se loge tendrement dans son nouveau réceptacle, comme fendant du beurre, laissant un épais filet écarlate s’échapper de la peau mate. Les yeux de la femme s’ouvrent, écarquillés. Elle est belle, mais la terreur déforme ses traits. La tête vide, ne réfléchissant plus, Arianne ne la lâche pas, alors qu’un affreux gargouillis s’échappe de la plaie.

- Maman ?

Sans manifester sa surprise, l’adolescente saisit rapidement un autre couteau qu’elle lance sur la jeune fille venant de s’éveiller. La dague, dans son front, vient durement se ficher. Sa vie s’éteint dans son regard intrigué. Le corps tombe mollement, Arianne se redresse. Ses yeux froid, vide de tout, cherchent les autres enfants. Ses iris grises, luisant, reflétant les pâles reflets lunaires, ne sont pas plus habités que ceux des deux défunts. Finalement, elle le voit enfin.
Il est là, debout, les yeux écarquillés, rivés sur le corps de sa sœur. Sans surprise, sans colère, sans que ses sourcils ne se froncent, l’Aeriens se jette sur lui. Mais c’est comme si toute la volonté du garçon avait quitté son corps. Avec rapidité, elle lui fait une clé de bras, saisit de son autre main la dague qu’elle retire du front de la jeune sœur. Une étoffe écarlate se dessine dans les airs avant de retomber. Enfin, elle presse le métal rougi par le sang contre l’œsophage du jeune homme.
Elle attend. Mais qu’attend-t-elle ? Elle n’a pourtant aucun scrupule. C’est à peine si elle comprend ce qu’elle est en train de faire. C’est comme un état second. La conscience n’est plus, la morale n’est plus. Il faut tuer…. Juste tuer. Seulement des mots reviennent à sa mémoire, parmi le sang, parmi les sanglots silencieux du garçon qui commence à se débattre.

« Et n’oublie pas, je veux qu’il souffre.»

Voila… Voila ce qu’elle attendait. L’homme, grand, fort, se tient maintenant sur le pas de l‘entrée. Il ne semble pas en revenir, et cela est normal. Sa femme est morte. Sa fille est morte. Et son fils est dorénavant menacé d’une dague. L’espoir traverse un instant ses yeux. Il se précipite pour sauver ce dernier être cher, mais la Delvanté est impitoyable. Les ordres sont les ordres…
L’homme se fige instantanément. Des larmes viennent dévaler ses joues. Son enfant est mort. Ses enfants sont morts. Quelque que chose semble se briser.

« Je veux qu'il souffre.» … Comme il vous plaira madame.

Comme un fil qui casse, un nerf qui se rompt, la folie explose dans le regard de l’homme. Un cri de rage s’échappe de sa gorge tandis qu’il bondit sur elle, devenant loup. Avec rapidité, Arianne esquive et s’éloigne, lançant de nouveau un couteau. Mais le gigantesque loup esquive. Sans attendre, il se projette en grognant. Un rictus fou déforme sa gueule canine. Ses yeux son écarquillés par la douleur et la rage. D’un bond, l’adolescente arrive à esquiver de nouveau, mais un coup de patte l’atteint au niveau de la cuisse. Superficiel… douloureux. Mais elle parvient à faire fit de la douleur. De toute façon, cette jeune fille sait faire fit de tout. Le combat dur… Elle parvient à infliger quelque blessure. Les émotions semblent amoindrir les capacités de l’homme… Voila pourquoi il ne faut avoir aucune attache…
« ça fait mal hein ? Quand on perd quelqu’un. C’est pour ça qu’il ne faut avoir personne …»
Une erreur… fatidique. L’homme change de forme pour pouvoir se battre à l’épée. Mais il n’a pas le temps d’attraper cette dernière. La jeune fille s’avance souplement et vient planter sa dague dans le cœur. L’homme avise la tâche de sang s’étendre. Tout ce déroule comme prévu… Tout ? Non, quelque chose ne va pas…

Une famille, une maison… Une femme, une fille, deux garçons…
Comprenant son erreur, la jeune fille n’accorde même pas un regard au corps de l’homme s’effondrant lourdement sur le sol.  Elle jette plutôt, de ses yeux inexpressifs, un regard vers la porte d’entrée. Couverte de sang, telle une statue sans émotions, elle ne trahit rien. Là se tient un nouvel arrivant. Un garçon, peut être a-t-il son âge. Elle doit le combattre, mais une voix intime l’ordre de battre en retraire. Sa blessure à la cuisse saigne. Le garçon est armé. Il vaut mieux fuir plutôt que de se faire tuer. De toute façon, sa mission est finie. Le meneur est mort. Sa famille, en partie. Sans plus attendre, elle court vers la fenêtre et bondit au dehors. Maintenant, il ne lui reste plus qu’à fuir.

Comme si le laisser derrière elle allait suffire…





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Enaan Kando

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MessageSujet: Re: Méandres d'un sanglant souvenir [pv Enaan]   Ven 24 Oct - 0:02



Le procès du doute débute de façon opportune,
Le mal crie sa joie et le bien crie son infortune.

    Le ciel était dégagé. Vénus était visible, à condition de regarder dans la bonne direction et d'avoir une bonne vue. La brise soufflait doucement sur les feuilles de Silvys. Les fleurs refermaient le cocon de leur éphémère beauté pour mieux l'éclore au lendemain. La lune rayonnait à son tour, et en cette saison, à peu près autant de temps que le soleil. En cette nuit pâlotte et pluvieuse, une ombre légère et silencieuse comme le vent qui secouait son pelage foulait de ses pattes l'humus humide de sa forêt. Elle trottinait sans se presser, avec autant d'aisance que la chouette qui passa au-dessus de sa tête à la recherche d'un abri. Mais cet animal là ne pressait pas son pas. Il laissait sa truffe s'emplir des parfums de son chez lui qu'il avait quitté voilà quelques années déjà. L'atmosphère de sa terre l'enveloppait comme une douce couverture, agréable et chaude comme l'étreinte d'une mère malgré la pluie qui la mouillait. Son enfant, celui qui ne dormait pas et qui était un peu trop turbulent par son jeune âge, encore innocent et pur comme un oisillon volant pour la première fois, était revenu chez lui. L'absence de sourcils sur son visage ne pouvait indiquer une quelconque émotion, mais sa queue ballante et les coins de sa gueule esquissés en sourire canin indiquaient son apaisement, de si courte durée fût-il. S'il avait su, mais chacun sait qu'il n'aurait jamais pu deviner, il aurait un peu plus savouré son retour chez lui.

    Ainsi trottait ce loup. Il ne s'arrêtait que pour ébrouer son pelage noir presque indiscernable parmi l'ombre des arbres qui constituaient pour lui comme un immense préau, mais trop proche de son but pour être suffisamment dense. Car enfin, il y était. Les maisons se dressaient dans la clairière comme des arbres nains qui auraient pris la grosse tête au sens littéral du terme, et l'une d'elle, la plus spacieuse, intéressaient particulièrement l'homme qui avait remplacé la bête et qui passait sa main dans ses cheveux épais et trempés. Ses bottes de cuir fatiguées dissimulaient ses ampoules douloureuse, sa tunique et son pantalon cachaient ses muscles douloureusement acquis. La garde de sa rapière ouvragée luisait dans son dos raide, et il espérait avoir l'occasion de s'en servir à nouveau. Pas pour tuer – une telle chose ne lui serait jamais venue à l'esprit, les oisillons ne tuent pas. Tout à ce moment était normal pour lui, et d'une normalité exquise et de nouveau familière : les rayons de lune sur ses bras fatigués, la pluie sur ses épaules et son visage, bienvenue, qui chassait la sueur de son front, l'odeur de musc et de gibier chère à son estomac, la senteur de la sève, la vie endormie tout autour. Qu'il profite, ce petit. Quand il eût posé sa botte sur le premier barreau de l'échelle menant à son foyer, c'était déjà trop tard.

    Un choc fit trembler les murs, le bruit étouffé par les gouttes martelant le toit. Mais lui, il avait entendu. Un souvenir futile jaillit, mais il ne s'y abandonna pas et poussa la porte de sa maison, faisant fi de l'écli qui se planta dans son gant. Et si la surprise innocente ne l'avait pas frappé, son estomac se serait révulsé à l'odeur de mort et de sang qui flottait. Son enfance brisée se répandait en flaques écarlates sur le parquet, et seule se tenait une jeune fille, frêle, petite, monochrome. Elle aussi n'aurait dû être qu'un oisillon. Mais elle ne l'était pas, pas comme le garçon qui lui faisait face. Son regard avait perdu toute trace d'humanité ou d'innocence, si elle en avait eu un jour. Sa dernière cible la fixait sans comprendre, et pour cause, elle n'aurait jamais pu le comprendre tout de suite. Lui qui n'avait jamais connu peine, douleur ou tristesse s'y retrouvait confronté dans sa forme la plus violente et pure. L'amour qui habitait son être se transforma en haine, sa joie en désespoir, ses rires en larmes. Une simple négation s'échappa de sa bouche comme par erreur, et il se jeta sur elle, à sa suite. En tombant, l'une de ses mains qui amortirent sa chute craqua, et s'ajouta à son intolérable douleur mentale le lancement d'un poignet cassé. Mais quelle importance ?

    La pluie tombait à nouveau sur ses cheveux, lui brouillait la vue, rendait glissante l'herbe sous ses bottes imbibées de sang. Mais il courait. Il courait car plus rien n'avait d'importance. Même pas sa vie ou sa mort – il savait qu'il allait mourir, de toutes façons. Pourquoi lui serait épargné ? Pourquoi ? Sa tête criait, sa bouche hurlait à la jeune fille qu'elle allait perdre la vie puisqu'elle l'avait prise à d'autres. Ses yeux pleuraient mille autres gouttes transparentes qui dévoilaient le halage de sa peau. Lorsqu'enfin il réussit à l'atteindre, son épée qui n'était plus qu'une extension métallique de son bras, affronta la dague de la jeune fille.

    L'espace d'un instant, leurs yeux respectifs se rencontrèrent, l'un froid et déterminé, l'autre perdu, désespéré et rempli de la haine la plus pure. Le garçon devenu soudainement homme murmura alors, clairement, sans un tremblement malgré les soubresaut qui agitaient son âme meurtrie :


    - Je vais te tuer ...

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Arianne Delvanté
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MessageSujet: Re: Méandres d'un sanglant souvenir [pv Enaan]   Jeu 30 Oct - 0:15









♦ A chacun ses chaines... ♦



Les yeux verrouillés devant elle, elle ne capte pourtant rien de ce que lui offrent ses prunelles. Dans son esprit, telle une statue, une image, revenant encore et encore, reste encrée une vision. Celle de deux iris dorés. En une fenêtre ouverte sur un nouveau monde, elle avait su y voir beaucoup plus de chose que n’importe qui. Un voyage, long éprouvant, père d’une fatigue luisant aux creux de ses cernes. Pourtant, un sentiment alors inconnu d’elle, terrain depuis longtemps abandonné, peuplait l’effort, le dissimulait même : la joie. Satisfaction intense, celle de rentrer chez-soi, l’Aeriens y voyait l’impatience de retrouver ses proches… quelle cruelle destinée.
Au moment même où les pupilles aux éclats de l’or s’étaient posées sur la scène, quelque chose s’était brisé. Tel un vase se fracassant sur le sol, un tissus se déchirant, la joie s’été retrouvée déchiquetée, écrasée. Disparue, elle avait laissé place au vide, au choc. Au fond de ce garçon, quelque chose venait de mourir.

Pourquoi ? Pourquoi ces yeux là restent imprimés dans son crâne alors que ses jambes cherchent l’échappatoire? Elle entend derrière elle des pas effrénés, mais ils demeurent lointains, presque incertains. Le regard qu’elle a vu ne veut résolument pas la quitter.  
Un hurlement pourfend alors le silence de la forêt. Celui d’un garçon encore jeune s’abîmant les cordes vocales pour stopper sa course. Ces cris de l’âme déchirée ramènent l’adolescente sur terre. Rauques, sonores, ils effraient les oiseaux, transpercent l’être même de la tueuse. Pourtant, elle n’est pas atteinte. Mais ces hurlements de désespoir semblent bondirent dans sa poitrine, au rythme de son cœur.
Tu les as tués, maintenant, meurs.
Elle fronce les sourcils. Il se rapproche. Elle ignore la douleur tenant sa cuisse impitoyablement, la pluie battant violemment contre son visage, les gouttes ricochant sur ses yeux. Accélère. Il ne faudrait pas mourir… ça serait tellement « dommage ».

Les pas se rapprochent. Il est plus rapide qu’elle. Un sifflement aigu atteint rapidement ses oreilles. Celui du métal vengeur qui fend l’air. Le déclic se fait. L’animal qui sommeille se réveille de nouveau. Les réflexes ancrés à force de sueur et de larmes se déclenchent à nouveau. La tête vide, comme toujours, la demoiselle se tourne. Elle fait face à l’innocence bafouée et dresse sa dague comme rempart. Ses bras se crispent sous l’effort, la lame vengeresse rencontre sa consœur impure dans un choc assourdissant. Le sang encore frais de la défunte famille s’échappe en quelques gouttelettes du métal glacé. Ainsi, quelques tâches écarlates viennent souiller l’éclat pur de l’épée du Canis. A l’image de son âme. Mais l’adolescent n’y prête pas attention. Non, il préfère plonger son regard dans celui de son nouvel ennemi. Comme désirant la brûler de l’intérieur, consumer son esprit, noyer son être dans les ténèbres où elle vient de le plonger.  Pauvre petite chose. On ne peut assombrir plus une âme aussi noire. On ne peut que la blanchir, que la laver de ses crimes. Mais le chemin est trop long, fastidieux. Et, venant de celui qui a tout perdu à cause d’elle, irréalisable.

Tant de choses se mêlent dans ses yeux baignés de larmes. Les prunelles grises et froides les sondent avec attention. La rage, dévorante, risquant de détruire de l’intérieur quiconque n’y succombe pas. La tristesse, faisant ses ravages dans l’esprit. Balayant toute trace de bonheur. Mais surtout, une douleur. Une douleur telle qu’elle semble insoutenable, étouffante.  Comment réussir à vivre avec un tel fardeau, une telle infamie?

Quoi ? … Tu ne te souviens pas avoir vécu cela, toi aussi ?

La pluie martèle le sol et la flore dans un hamas de cliquetis assourdissants. La respiration saccadée des deux ennemis mortels se mêlent en une mélodie irrégulière. Pourtant, dans ce tumulte, ce brouhaha, le silence devient roi. Il n’y a plus que des regards. Et surtout, les lèvres du garçon commençant à se mouvoir, couvertes par le bruit mais surplombant pourtant tout de par les sons qu’elles émettent. Une phrase claire, pure, dénuée de tout parasites, parvient aux oreilles de l’assassin.

-Je vais te tuer.

Rien, pas même un haussement de sourcil, ne vient déformer le visage de la perfide. Menteuse jusqu’au bout, elle ne trahit rien. De toute façon, elle ne pense déjà plus. C’est là l’apanage de ceux qui portent sur leur épaule le devoir de tuer. Réfléchir, penser, n’est pas pour ceux qui doivent ôter la vie. Car vider de sa substance un être demande un cher sacrifice : celui de céder son humanité. Et penser est l’humanité même. Endormir la conscience est l’unique solution. Sinon, le remord ronge, tel un poison, et il devient alors impossible de tuer.
Les mots du garçon sont alors pris comme un pacte. Ces arbres seront leurs témoins, cette forêt, leur arène. Les paris sont lancés, c’est à celui qui tombera le premier. Il n’est plus question de fuir pour l’adolescente. Cette phrase a celé son destin. Alors, le dilemme survient. Tuer, ou être tuée.
La question ne se pose pas vraiment… Quoique, aurais-tu hésité pendant un instant ?

Sans attendre, elle laisse son pied fuser l’air. Sa jambe décrivant un cercle parfait vient percuter celle de son adversaire. Un mouvement de recul, le temps que les deux lames se séparent bruyamment, et elle revient à l’assaut, tirant une dague de sa botte à l’aide de main libre. Ainsi le nouvel acier se colle à l’arme ennemie dans un écho cristallin, suraigu. Sa consœur, elle, fuse vers le cœur du garçon. Mais le métal n’a guère le temps de rencontrer  le muscle battant, car le Canis est entraîné. Lui aussi a acquis la force à coup de sueur et de larmes. Et c’est cela qui lui permet de vivre un peu plus longtemps. Finalement, en ce sens, les deux êtres sont similaires. Mais une différence demeurait entre le loup et le corbeau.
L’une portait un poids qui n’aurait jamais dû être le sien, alors que l’autre avait tout acquis par choix. Mais maintenant qu’elle l’avait séparé de tous ce qui lui était cher ; maintenant qu’il était rongé par les émotions les plus néfastes qui pouvaient s’emparer d’un homme, il était lui aussi, porteur de fardeau.

Oui, à l'image du corbeau, lui aussi en portait maintenant, des chaines...





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